Méthode

2,5 % de frais, 204 000 € : la mécanique des intérêts composés

Une assurance vie en unités de compte prélève en moyenne 2,5 % de frais par an. Le chiffre est si petit qu’on le remarque à peine. Pourtant, appliqué pendant vingt ans à 100 000 € placés au rendement réel d’un ETF World, un fonds coté qui réplique l’indice des grandes actions mondiales, il capte 204 000 €, soit 45 % du gain. Sur trente ans, il capte 648 000 €, la moitié du patrimoine final. Ce n’est pas un pari sur les marchés : le rendement est identique dans les deux cas, seuls les frais changent. C’est un calcul, et vous pouvez le refaire. Voici sa mécanique, celle des intérêts composés, et ses chiffres, horizon par horizon.

D’où viennent ces 2,5 % de frais par an ?

Ce chiffre n’est pas une estimation à charge, c’est l’addition de deux couches documentées. La première est la part de l’assureur, les frais de gestion du contrat, prélevés chaque année sur la totalité de votre épargne, que le contrat gagne ou perde de l’argent. Sur les unités de compte, ces supports investis sur les marchés dont la valeur monte et descend, ils s’établissent en moyenne à 0,88 % par an, selon le rapport 2026 de l’Observatoire des produits d’épargne financière, publié par la Banque de France.

La seconde couche vit à l’intérieur des fonds eux-mêmes. Chaque fonds logé dans votre contrat prélève ses propres coûts récurrents, déduits de sa performance avant qu’elle ne vous soit servie, sans ligne visible sur votre relevé. Sur les fonds distribués via des contrats en unités de compte, majoritairement gérés activement, l’Autorité des marchés financiers les mesure à 1,62 % par an en moyenne dans son étude de mai 2024. Additionnez les deux, 0,88 plus 1,62, et vous obtenez 2,5 % par an. Pour savoir où lire précisément chacune de ces couches sur votre document annuel, nous l’avons détaillé dans notre article sur les quatre couches de frais du relevé.

Retenez ce point, il commande tout le reste : ces 2,5 % ne sont pas prélevés une fois, mais chaque année, sur un capital qui, lui, est censé grossir. C’est cette répétition, année après année, qui transforme un petit pourcentage en une somme considérable. Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord regarder comment un capital grandit tout seul.

Qu’est-ce que les intérêts composés, et pourquoi changent-ils tout ?

Les intérêts composés sont le mécanisme par lequel les gains d’une année produisent eux-mêmes des gains l’année suivante. C’est simple à énoncer, et c’est le moteur le plus puissant de la constitution d’un patrimoine. Prenons vos 100 000 €, placés à 8,9 % par an. La première année, ils rapportent 8 900 € : votre capital passe à 108 900 €. La deuxième année, les 8,9 % ne s’appliquent plus à 100 000 €, mais à 108 900 € : ils rapportent 9 692 €, et non plus 8 900 €. L’écart paraît minime. Il ne l’est plus du tout au bout de vingt ans.

L’image la plus juste est celle de la boule de neige. Un capital qui compose, c’est une boule qui roule et grossit ; et plus elle grossit, plus la couche de neige qu’elle ramasse à chaque tour est épaisse. À l’inverse, des intérêts dits simples, où seuls les 100 000 € de départ travailleraient, vous donneraient 8 900 € chaque année, soit 278 000 € après vingt ans. Les mêmes 8,9 %, mais composés, vous mènent à 550 000 €. La différence, 272 000 €, c’est le travail que le temps accomplit à votre place.

Le calcul tient dans une seule formule, et vous pouvez la poser vous-même : capital final égale capital de départ multiplié par (1 plus le taux) puissance le nombre d’années. Ici, 100 000 multiplié par 1,089 puissance 20, ce qui donne 550 247 €. Rien de plus. Cette formule est votre outil pour la suite, car elle fonctionne exactement de la même façon lorsqu’on y introduit les frais.

Pourquoi un frais modeste finit par capter 45 % du gain

Voici la bascule que la plupart des épargnants ne font jamais. Un frais n’ampute pas seulement votre épargne l’année où il est prélevé : il ampute aussi tout ce que cette somme aurait rapporté ensuite. Les intérêts composés travaillent pour vous sur le rendement, et contre vous sur les frais, avec la même patience.

Prenez le seul prélèvement de la première année : 2,5 % de 100 000 €, soit 2 500 €. Ce n’est pas une perte de 2 500 €. Car ces 2 500 €, s’ils étaient restés investis à 8,9 %, seraient devenus près de 12 600 € au bout des dix-neuf années suivantes. Le coût réel de ce premier prélèvement, mesuré à l’horizon de vingt ans, n’est donc pas 2 500 € : il est cinq fois plus élevé. Et ce raisonnement vaut pour le prélèvement de chaque année.

Pour mesurer l’effet complet, il suffit d’appliquer deux fois la formule précédente, à allocation strictement identique. Sans la couche de frais, votre capital compose à 8,9 %. Avec elle, il compose à 6,4 % (8,9 moins 2,5, une soustraction simple qui joue même en faveur de l’assureur, puisqu’elle sous-estime légèrement le prélèvement réel). Deux trajectoires, un même point de départ, un même rendement de marché. Au bout de vingt ans, l’écart atteint 204 000 €.

100 000 euros sur vingt ans : 550 000 euros sans couche de frais contre 346 000 euros avec 2,5 % de frais par an, soit 204 000 euros d'écart
100 000 € sur vingt ans, au rendement réel d’un ETF World : la couche de 2,5 % de frais capte 204 000 €, soit 45 % du gain. Illustration pédagogique, hypothèses détaillées dans le texte.

Rapporté au gain, le chiffre est frappant : sur les 450 000 € que votre capital aurait produits sans la couche de frais, 204 000 € partent en frais. Près d’un euro de gain sur deux. Et c’est ici que se loge toute la nuance : ce n’est pas un pari sur les marchés. Le rendement de référence est identique dans les deux colonnes. La seule variable qui change, c’est la couche de frais. Ce n’est pas un débat sur la performance de votre contrat, c’est un calcul de frais à allocation constante.

Et sur trente ans ? La vue longue change d’échelle

Plus la durée s’allonge, plus la couche de frais pèse, parce qu’elle se compose elle aussi. La même illustration, aux trois horizons qui correspondent à une carrière de praticien, donne ceci :

  • À dix ans : environ 49 000 € captés, soit plus d’un tiers du gain.
  • À vingt ans : 204 000 € captés, soit 45 % du gain.
  • À trente ans : 648 000 € captés, soit la moitié du patrimoine final.

L’effet n’est pas linéaire : il s’accélère. Ce n’est pas la couche de frais qui grossit, c’est la durée pendant laquelle elle se compose. Chaque année gagnée sur l’horizon ajoute davantage que la précédente, du bon comme du mauvais côté.

100 000 euros sur trente ans : 1 291 000 euros sans couche de frais contre 643 000 euros avec 2,5 % de frais par an, soit 648 000 euros d'écart
100 000 € sur trente ans, au même rendement : la couche de 2,5 % de frais capte 648 000 €, soit la moitié du patrimoine final. Illustration pédagogique, hors fiscalité.

Cette logique n’est pas propre à l’assurance vie. Tout produit d’épargne dont le rendement se juge sur des décennies obéit à la durée : nous l’avons montré, sous une autre forme, pour le point Préfon, dont le point d’équilibre se compte en années de rente. Elle joue aussi sur les contrats que l’on ne regarde plus : un vieux PERP dormant prélève ses frais chaque année sur l’encours, même sans le moindre versement. Le temps est le même allié, ou le même adversaire, selon le côté de la couche de frais où l’on se trouve.

Une précision de méthode, car les hypothèses doivent rester sur la table. Le rendement de référence, 8,9 % par an, est la performance annualisée réelle du plus ancien ETF MSCI World coté à Paris, entre avril 2006 et juin 2026 (soit +458 % cumulés, en euros, dividendes réinvestis, nets des frais du fonds ; source justETF, données au 30 juin 2026). La vue à trente ans prolonge ce rendement constaté sur vingt ans, elle ne le garantit pas. Il s’agit d’une illustration pédagogique, hors fiscalité, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Quelles questions poser avant de verser ou d’arbitrer ?

Ce calcul n’a de valeur que posé sur votre propre contrat. Quatre questions suffisent à ouvrir la conversation, calmement, avec votre assureur ou votre conseiller. Elles ne réclament aucune compétence financière, seulement d’être posées.

  • Quel est le total de mes frais annuels, en euros et pas seulement en pourcentage ? C’est la conversion que le relevé ne fait jamais à votre place. Un pourcentage anesthésie ; un montant en euros réveille.
  • À supports identiques, que représentent ces frais sur dix, vingt ou trente ans ? C’est la projection composée que vous venez de voir, appliquée à votre encours réel.
  • Parmi mes supports, lesquels sont des fonds indiciels et lesquels sont gérés activement ? Un fonds indiciel, qui se contente de répliquer un indice, coûte une fraction de ce que coûte un fonds géré activement, à l’intérieur du même contrat.
  • Quelles options moins chargées mon contrat propose-t-il, à profil d’investissement équivalent ? C’est le levier le plus accessible, celui qui ne suppose de toucher ni à votre contrat ni à votre horizon.

La qualité des réponses, leur précision, leur franchise, est déjà une information en soi.

Questions fréquentes

Un rendement de 8,9 % par an, n’est-ce pas un pari optimiste ?

Le raisonnement ne dépend pas du niveau exact du rendement. Que vous reteniez 8,9 %, la performance réelle d’un indice actions mondial sur ses vingt dernières années, ou un chiffre plus prudent, la couche de frais s’applique à la même trajectoire dans les deux colonnes du calcul. Ce n’est pas la performance qui est en jeu, c’est l’écart entre deux trajectoires soumises au même rendement. Un rendement plus faible réduit les montants, mais laisse la part captée par les frais quasiment inchangée.

2,5 % par an, est-ce vraiment beaucoup ?

Sur une seule année, non : 2,5 % sur 100 000 €, ce sont 2 500 €, un montant qui passe inaperçu. C’est précisément ce qui rend la couche de frais si discrète. Sa force ne vient pas de son niveau annuel, mais de sa répétition sur un capital qui compose : sur vingt ans, elle capte 45 % du gain ; sur trente ans, la moitié du patrimoine. Le petit pourcentage et la grande somme sont le même chiffre, vu à deux échelles de temps.

Comment refaire ce calcul sur mon propre contrat ?

Il vous faut trois chiffres : votre encours actuel, le total de vos frais annuels en pourcentage (lisible sur votre relevé), et votre horizon en années. Appliquez deux fois la formule des intérêts composés : encours multiplié par (1 plus le rendement) puissance le nombre d’années pour la trajectoire sans frais, puis la même en diminuant le rendement de vos frais. L’écart entre les deux résultats est ce que la couche de frais vous coûte sur la durée. C’est exactement ce que fait l’Audit de frais, sur vos chiffres réels.

Et si mon horizon est plus court que vingt ans ?

L’effet est moindre, mais il existe déjà tôt : à dix ans, la couche de 2,5 % capte environ 49 000 €, soit plus d’un tiers du gain. La règle est constante : plus l’horizon est long, plus la part captée grandit, parce que les frais composent aussi longtemps que votre capital. Si votre horizon est court, l’enjeu se déplace vers le montant de votre encours plutôt que vers la durée.

Et si je suis en gestion pilotée ?

Le calcul est exactement le même, avec une couche de plus. En gestion pilotée, aussi appelée gestion sous mandat, un professionnel choisit et ajuste les supports à votre place ; ce service majore les frais de gestion du contrat d’environ 0,35 point par an en moyenne, ce qui porte la couche totale autour de 2,8 % par an. Composée sur vingt ou trente ans, cette majoration d’apparence minime creuse encore l’écart. Pour situer chacune de ces lignes sur votre document annuel, mandat compris, reportez-vous à notre grille de lecture des quatre couches de frais du relevé.

Le même calcul, sur vos contrats

Vous savez désormais pourquoi un pourcentage modeste, répété et composé, finit par capter une part majeure de votre épargne, et comment poser vous-même le calcul. Reste la seule chose qu’aucune moyenne de marché ne tranchera à votre place : combien, en euros, sur votre horizon, pour vos contrats à vous.

C’est exactement l’objet de l’Audit de frais de Plan de Vol : le même calcul, appliqué à vos propres relevés, avec vos frais réels et la projection sur dix, vingt et trente ans. Conçu par notre fondateur, ancien chirurgien orthopédique, il ne vend aucun produit et ne recommande aucun contrat nommé : il chiffre, il explique, et il vous laisse décider, préparé. L’audit est offert ; le chiffrage, lui, vous reste acquis.

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Sources publiques citées dans cet article : arrêté du 24 février 2022 renforçant la transparence sur les frais (Légifrance) ; rapport 2026 de l’Observatoire des produits d’épargne financière (Banque de France, Comité consultatif du secteur financier) ; Analyse des frais des fonds de droit français (AMF, mai 2024) ; performance de l’Amundi MSCI World Swap II depuis 2006 (justETF, données au 30 juin 2026). Ce type de support est accessible en compte-titres, en PEA et parmi les unités de compte de nombreux contrats d’assurance vie et plans d’épargne retraite. Illustration pédagogique, hors fiscalité ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.