Chaque année, votre assureur vous adresse un relevé de votre assurance vie. Vous l’ouvrez, vous jetez un oeil au montant, vous le classez. C’est pourtant dans ce document, et nulle part ailleurs, que figure noir sur blanc tout ce que votre contrat vous prélève. Depuis les relevés portant sur l’année 2023, la réglementation impose d’y présenter un tableau standardisé des frais, exprimés en pourcentage. Sur un contrat en unités de compte garni de fonds gérés activement, le cas le plus répandu, ces frais s’empilent en quatre couches dont le total approche souvent 2,5 % par an ; un autre choix de supports peut réduire ce total de plus de moitié. Cet article vous montre où lire chacune d’elles, ce que le relevé ne dit pas, et les questions à poser ensuite.
Qu’est-ce que le relevé annuel de votre assurance vie ?
Le relevé annuel, aussi appelé relevé de situation, est le document que votre assureur a l’obligation légale de vous envoyer une fois par an, au titre de l’article L.132-22 du code des assurances. Il arrive le plus souvent au cours du premier trimestre et fait le point sur l’année écoulée. On y trouve trois choses : votre encours (le montant total épargné sur le contrat à cette date), la liste des supports que vous détenez, et le fameux tableau des frais.
Deux mots reviennent sans cesse dans ce document, autant les fixer tout de suite. Le fonds en euros est la poche garantie du contrat : le capital y est protégé, le rendement modeste. Les unités de compte, ou UC, sont les supports investis sur les marchés (actions, obligations, fonds immobiliers) : leur valeur monte et descend, et surtout, ils portent des frais bien plus lourds que le fonds en euros. Cette distinction commande toute la lecture qui suit.
Si ce relevé finit le plus souvent classé sans être lu, ce n’est pas par négligence. Les praticiens que nous interrogeons le disent sans détour : pas le temps, pas l’appétence. Je me connais, je ne ferai pas les recherches, résume un chirurgien hospitalier. Entre deux gardes ou deux consultations, personne ne décortique un tableau de pourcentages, alors on fait confiance. Le problème n’est pas la confiance. Le problème est qu’un document qui contient l’information exacte reste fermé, quand il suffit de dix minutes et d’une grille de lecture pour le comprendre.
Une précision d’emblée, utile selon votre exercice. Si vous cotisez à la Préfon ou au Complément Retraite des Hospitaliers via le CGOS, votre relevé obéit à une autre logique, celle des régimes par points : nous l’avons détaillée pour le rendement réel du point Préfon et pour la CRH du CGOS. Mais dès que vous détenez une assurance vie, un plan d’épargne retraite individuel, un vieux PERP ou un contrat Madelin, que vous exerciez en libéral ou à l’hôpital, le tableau des quatre couches ci-dessous s’applique directement.
Où sont les frais sur votre relevé annuel ?
Le tableau standardisé imposé depuis 2023 présente les frais par catégorie. Voici les quatre couches, dans l’ordre où elles pèsent sur votre épargne, avec pour chacune un repère de place issu du rapport 2026 de l’Observatoire des produits d’épargne financière, publié par la Banque de France et le Comité consultatif du secteur financier. Ces moyennes sont des points de comparaison, pas un verdict sur votre contrat.
Couche 1 : les frais de gestion du contrat
C’est la part de l’assureur, prélevée chaque année sur l’ensemble de votre encours, que le contrat gagne ou perde de l’argent. Sur le relevé, elle apparaît en général sous la mention frais de gestion du contrat ou frais sur encours. En moyenne de marché en 2025, cette couche s’établit autour de 0,67 % par an sur le fonds en euros et 0,88 % sur les unités de compte. Retenez l’écart : une UC coûte, à ce seul étage, davantage qu’un fonds en euros.
Couche 2 : la majoration de la gestion pilotée
Elle ne concerne que les contrats sous mandat. La gestion pilotée, ou gestion sous mandat, signifie qu’un professionnel choisit et ajuste les supports à votre place, plutôt que vous. Ce service se paie, et il s’ajoute à la couche 1. L’ordre de grandeur est net : sur les unités de compte, les frais de gestion moyens passent de 0,82 % en gestion libre à 1,17 % en gestion sous mandat, soit un surcoût d’environ 0,35 point de pourcentage par an. Sur le relevé, cherchez une ligne de frais de mandat ou de gestion sous mandat.
Couche 3 : les frais courants des supports
C’est la couche la plus lourde, et la plus discrète. Chaque fonds logé dans votre contrat prélève ses propres frais courants, aussi appelés frais de gestion des supports. Ils ne font l’objet d’aucun prélèvement affiché sur votre relevé : ils sont déduits de la performance du fonds avant qu’elle vous soit servie. Leur niveau dépend entièrement du type de support. Un fonds indiciel, un ETF qui se contente de répliquer un indice, coûte de l’ordre de 0,2 % à 0,4 % par an. Un fonds géré activement coûte fréquemment 1,5 % à 2 %. Sur un contrat garni de fonds actifs, cette seule couche dépasse souvent le prélèvement de l’assureur lui-même. L’Autorité des marchés financiers observe d’ailleurs que les fonds distribués via les contrats en unités de compte affichent, à caractéristiques comparables, des frais courants sensiblement plus élevés que les autres. Sur le relevé, elle se lit dans le détail par support, ligne par ligne.
Couche 4 : les rétrocommissions
Une rétrocommission, ou rétrocession, est la part des frais d’un fonds que celui-ci reverse chaque année au distributeur qui vous l’a placé, banque ou courtier. Elle n’est pas une couche supplémentaire qui s’ajoute à votre facture : elle est prélevée à l’intérieur de la couche 3. Mais elle mérite sa propre lecture, car elle éclaire une mécanique simple. Un fonds qui rétrocède une part importante de ses frais au distributeur a, structurellement, plus de chances d’être proposé qu’un fonds qui ne rétrocède rien, à qualité égale. Cette ligne ne dit rien de la valeur du fonds ; elle dit pourquoi ce fonds-là s’est retrouvé dans votre contrat. Le tableau standardisé la fait désormais figurer.
Un point d’attention si vous détenez un plan d’épargne retraite. Les mêmes couches s’y appliquent, mais plus cher. Toujours selon l’Observatoire, le plan d’épargne retraite individuel affiche en 2025 des frais supérieurs à l’assurance vie : 0,91 % contre 0,88 % sur les unités de compte, et 0,77 % contre 0,67 % sur le fonds en euros. L’avantage fiscal du plan d’épargne retraite est réel, nous y revenons plus bas, mais il ne change rien à cette hiérarchie de frais.

Ce que votre relevé annuel ne montre pas
Le tableau standardisé est une avancée, mais il a deux angles morts qu’il faut connaître pour ne pas se croire complètement informé.
Le premier angle mort, ce sont les frais d’entrée, ou frais sur versement, prélevés à chaque fois que vous versez de l’argent sur le contrat. Ils ne figurent pas sur le relevé annuel : seules les conditions générales de votre contrat les mentionnent. Sur les contrats anciens, souscrits il y a quinze ou vingt ans, une part de chaque versement pouvait ainsi être prélevée dès l’entrée. C’est de l’argent qui n’est jamais entré dans votre épargne, et qui n’a donc jamais travaillé pour vous.
Le second angle mort est plus subtil, et c’est le plus important. Le relevé donne des pourcentages ; il ne donne jamais le montant en euros que vous payez réellement. Or 2,5 % par an sur un encours de 200 000 €, cela fait 5 000 € prélevés dans l’année, chaque année. Le pourcentage anesthésie ; l’euro parle. Convertir les taux du tableau en euros sur votre encours, puis mesurer ce que cela représente sur la durée, voilà le calcul que le relevé vous laisse faire vous-même.
2,5 % de frais par an, combien cela fait-il sur trente ans ?
C’est ici que la lecture devient vertigineuse, non par effet de style, mais par la simple mécanique des intérêts composés. Un frais prélevé cette année n’ampute pas seulement votre épargne cette année : il ampute aussi tout ce que cette somme aurait rapporté les années suivantes.
Prenons un exemple chiffré, hypothèses affichées. Un capital de 100 000 € laissé vingt ans, sans nouveau versement, avec un rendement brut de référence de 8,9 % par an, l’ordre de grandeur de la performance annualisée de long terme d’un indice actions mondial. Amputez ce rendement des 2,5 % de frais annuels d’un contrat type en fonds actifs, et il tombe à 6,4 % net. Au bout de vingt ans, l’écart de capital final entre la trajectoire brute et la trajectoire nette de frais atteint environ 204 000 €. Sur trente ans, il approche 648 000 €.

Ce n’est pas un pari sur les marchés : le rendement de référence est identique dans les deux cas, seuls les frais changent. C’est un calcul de frais, et les hypothèses sont sur la table, vous pouvez le refaire. Nous consacrons à cette mécanique un article entier, avec la vue à trente ans et les variantes selon votre horizon. Retenez ici l’essentiel : plus la durée est longue et le capital important, plus la couche de frais pèse, parce qu’elle se compose elle aussi.
Quelles questions poser à votre conseiller ?
Lire son relevé n’est pas un acte de défiance, c’est un acte de propriétaire. Une fois les quatre couches repérées, quatre questions suffisent à faire le tour, calmement, lors de votre prochain échange. Elles ne réclament pas de connaissance financière, seulement d’être posées.
- Quel est le total de mes frais annuels, en euros et pas seulement en pourcentage ? C’est la conversion que le relevé ne fait pas à votre place.
- Suis-je en gestion libre ou en gestion sous mandat, et si je paie un mandat, à combien s’élève-t-il ? C’est la couche 2, celle qu’on oublie de nommer.
- Quels sont les frais courants de chacun des fonds que je détiens ? C’est la couche 3, la plus lourde, celle qui vit dans le détail par support.
- Des rétrocommissions sont-elles perçues sur mes supports, et à quelle hauteur ? C’est la couche 4, celle qui explique certains choix.
Un conseiller à l’aise avec votre contrat répondra à ces quatre questions sans difficulté. La qualité des réponses, leur précision, leur franchise, est déjà une information en soi.
Questions fréquentes
Les frais, c’est normal, tout le monde en prend, non ?
Oui, tout contrat comporte des frais, et rémunérer un service rendu est légitime. La question n’est pas leur existence, mais leur niveau et leur visibilité. Le tableau standardisé imposé depuis 2023 existe précisément pour que vous puissiez situer vos frais par rapport aux moyennes de place et vérifier que vous payez pour un service que vous recevez réellement. Regarder ne remet rien en cause ; cela vous rend simplement la mesure.
Mon contrat a été conçu pour ma profession, il est forcément adapté ?
Un contrat dédié à une profession, un Madelin, un plan retraite ou un contrat proposé par une mutuelle professionnelle, reste un contrat d’assurance vie ou d’épargne retraite ordinaire du point de vue des frais. Il comporte les mêmes quatre couches, et son relevé les présente de la même manière. Le caractère professionnel du produit tient à sa fiscalité et à ses conditions de sortie, pas à une exonération de frais. Le vérifier sur votre propre relevé est le seul moyen de le savoir.
De toute façon, c’est bloqué, à quoi bon regarder ?
Certains contrats, un Madelin par exemple, sont effectivement peu liquides avant la retraite. Mais lire ses frais ne coûte rien et ne bloque rien. Même sur un contrat que vous conservez, connaître les quatre couches éclaire les décisions qui restent, elles, ouvertes : le choix des supports, l’arbitrage entre gestion libre et gestion pilotée, les versements futurs. Un arbitrage est le transfert de votre épargne d’un support à un autre à l’intérieur du contrat ; c’est souvent le levier le plus accessible pour agir sur la couche 3.
L’avantage fiscal ne compense-t-il pas les frais ?
C’est une question juste, et la réponse tient en une distinction de calendrier. La déduction fiscale d’un plan d’épargne retraite s’applique une fois, à l’entrée, sur les sommes versées. Les frais, eux, s’appliquent chaque année, sur la totalité de l’encours, pendant toute la vie du contrat. Ce sont deux calculs séparés, qui ne se neutralisent pas mécaniquement. L’avantage fiscal peut être réel et les frais peser lourd sur la durée : les deux affirmations sont vraies en même temps, et méritent chacune d’être chiffrées.
Le même calcul, sur vos contrats
Vous savez désormais lire les quatre couches sur votre relevé, repérer ce qu’il ne montre pas, et poser les bonnes questions. Reste la seule chose que le relevé ne tranchera jamais à votre place : combien, en euros, sur la durée, pour vos contrats à vous.
C’est exactement l’objet de l’Audit de frais de Plan de Vol : le même calcul, appliqué à vos propres relevés, couche par couche, en pourcentage et en euros, avec la projection sur vingt et trente ans. Conçu par notre fondateur, ancien chirurgien orthopédique, il ne vend aucun produit et ne recommande aucun contrat nommé : il chiffre, il explique, et il vous laisse décider, préparé. L’audit est offert ; le chiffrage, lui, vous reste acquis.
Sources publiques citées dans cet article : arrêté du 24 février 2022 renforçant la transparence sur les frais (Légifrance) ; rapport 2026 de l’Observatoire des produits d’épargne financière (Banque de France, Comité consultatif du secteur financier) ; L’assurance-vie en 2025 (ACPR, analyses et synthèses n°179).